Avec ses 6 000 m2, le chantier est le plus grand jamais ouvert par le service archéologie de la ville. : Photo Philippe Arnassan Depuis l'avenue du XVe corps, le chantier est spectaculaire. Il est le plus grand ouvert jusqu'à présent par le service archéologie de la ville. Sur 6 000 m2, les spécialistes creusent, déblaient, et dégagent des merveilles. Ils viennent de mettre au jour un quartier romain tout entier avec ses rues, ses îlots, des thermes et même une place, qui intrigue. Le tout dans un état de conservation impressionnant.
Dans le cadre des fouilles préventives, préalables au projet immobilier qui remplacera l'ancienne école des Poiriers, un premier diagnostic avait déjà montré un fort potentiel archéologique. La présence dense de vestiges avait fait prescrire par l'Etat une fouille du service municipal du patrimoine.
En cette fin de phase de préterrassements, soixante pour cent des vestiges ont été localisés : un quartier orthonormé avec des axes octogonaux de la ville antique, daté du premier au troisième siècle après Jésus-Christ.
Seize spécialistes sur le terrain
« Nous avons identifié des rues qui séparent de grands îlots. Mais aussi des thermes, reconnaissables à leurs plans caractéristiques, typiques de l'époque romaine, dont on ne sait encore s'ils sont publics ou privés. Ce sont, en tout cas, les premiers thermes repérés intra-muros, à l'intérieur de la ville », explique Pierre Excoffon, archéologue de la commune qui dirige une équipe de seize spécialistes.
Une place a aussi été mise en évidence, d'une grande superficie, non bâtie et en terre battue, mais entièrement fermée par des murs. « L'interprétation la plus plausible voudrait donc qu'il s'agisse d'un marché, le premier trouvé à Fréjus, longé par une voie, une rue de 2,1 m de large. Comme l'on sait que le forum se situe dans le prolongement de la place Mangin, la présomption la plus forte est celle d'un marché d'autant que nous avons également eu la surprise d'un entrepôt de stockage avec des jarres très grandes, qui s'appellent des dolia. L'entrepôt jouxte une boutique qui aurait servi au marché, dans une zone encore non dégagée qui laisse donc présager d'autres découvertes », ajoute Pierre Excoffon.
Des drains faits d'amphores encastrées
Si on a affaire à un marché classique, en comparant avec ce qui se fait ailleurs, on pourra confirmer notre supposition. Lorsqu'on va vider cette place, on va peut-être discerner un plan semblable à celui d'une autre ville romaine comme Pompéi où on connaît ce type d'aménagement.
La place est, selon toutes vraisemblances un espace d'artisanat, un environnement lié au commerce. En revanche, extraire des fossiles de graines ou du charbon, je n'y crois pas trop parce qu'on n'est pas dans de bonnes conditions de conservation de ce genre d'éléments ».
En revanche, les archéologues ont déterré des drains faits d'amphores complètes encastrées les unes aux autres ou de terre cuite concassée. Le quartier a toujours dû lutter contre l'eau, même aujourd'hui. Le sol est en argile et dès qu'il pleut, l'eau stagne.
« C'est un avantage qui a très bien conservé les pierres, les murs sont les plus hauts explorés jusqu'à présent, d'1,50 m, bien mieux qu'à Mangin, précise l'archéologue. C'est aussi parce qu'on est à l'extérieur de l'enceinte moderne, c'est-à-dire une zone qui n'a pas été transformée jusqu'au XXe siècle, préservée de l'urbanisation ».
Les nombreux objets exhumés liés à la vie quotidienne des Romains (voir ci-dessus) et les trouvailles sur trois siècles de vie font sans aucun doute de cette recherche archéologique l'une des plus passionnantes de Fréjus.
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