Chaque été, dans le huis clos des propriétés varoises, se répètent des tragédies jamais explicables. Comment un jeune enfant peut-il échapper à la vigilance de ses proches et périr noyé dans la piscine ?
Hier, pour la première fois dans un procès pénal, le tribunal correctionnel de Toulon posait ouvertement la question : celle « du risque » et des « responsabilités » selon les mots du président, Dominique Tatoueix. Face à la pesanteur de cette question, sous le poids de ces tragédies récurrentes (94 enfants noyés en 2006) c'est une femme seule, grand-mère brisée par le chagrin, qui devait répondre pour tous ces drames. Et qui en paye le prix fort, condamnée à deux ans de prison avec sursis pour « homicide involontaire » par négligence, alors que la famille maternelle du petit Rani s'était porté partie civile.
En août 2004, F.B., femme de ménage d'origine algérienne avait accepté de garder son petit-fils de deux ans, Rani, sur son lieu de travail, une maison du centre-ville hyérois où elle officiait pour la troisième fois seulement. Son mari lui avait déposé tôt le matin, expliquant qu'il avait rendez-vous à Marseille.
Négligences fatales
Ni la grand-mère, ni les propriétaires de la villa présents toute la matinée, n'ont alors renvoyé le garçonnet ou remis les tâches ménagères à plus tard. Ils n'ont pas plus veillé à verrouiller les portes de la maison. Autant d'erreurs fatales. Quelques heures après, tandis que la femme de ménage s'affairait dans la cuisine, Rani se noyait dans la piscine dépourvue de système de sécurité, ce que n'imposait pas encore clairement la loi.
Très tôt dans la procédure d'instruction, les propriétaires de la maison ont été mis hors de cause, la responsabilité du drame se focalisant sur la grand-mère. Hier, devant le tribunal, il « manquait du monde sur le banc des prévenus » ont ainsi estimé Me Guidicelli, avocat des parties civiles et Me Moulet en défense.
Les employeurs, des commerçants hyérois, ont-ils pu insister pour qu'elle reste tout de même à leur service ce matin-là ou suggérer, d'une manière ou d'une autre, qu'ils s'occuperaient de Rani ? C'est ce que soutient la grand-mère. Son avocat, Me Moulet, évoque même la « soumission » de sa cliente, « seulement responsable de n'avoir jamais pu dire non à qui que ce soit » ni à ses « employeurs », ni à « son mari » qui lui a déposé Rani.
C'est pourtant un point du dossier qu'a aussitôt évacué le tribunal. « Peut-être ne savez-vous pas dire non. Mais ce jour-là, vous ne pouviez pas vous le permettre » a estimé le président.
« Tous ceux qui se trouvaient là sont responsables »
Le ministère public, qui n'avait pas jugé plus utile de faire citer les propriétaires, est resté sur cette même ligne. « Il y a un postulat de départ : on ne travaille pas en ayant la garde de son petit-fils. Lorsque l'on sort de ce postulat, on devient le principal responsable » a soutenu le procureur, Ange Fiorito.
Peut-être, les responsabilités étaient-elles tout de même plus générales. Surtout que ce dramatique accident est arrivé dans un moment de flou juridique. La loi de janvier 2003 prévoyait certes l'installation de systèmes de sécurité, mais laissait deux ans aux propriétaires pour s'y conformer.
Aussi, pour les parties civiles, la mère, les grands-parents, la sœur et un oncle de Rani, ce procès « doit avoir vertu pédagogique » explique Me Guidicelli. « Parce que ce jour-là, la mort était interdite. Les adultes auraient dû s'assurer que le risque zéro existe » plaide l'avocat.
À demi-mot, le tribunal avait tout de même reconnu que, dans ce dossier, « des responsabilités cohabitent ». Mais, aujourd'hui, seule la grand-mère doit les porter face à la justice. Un bien lourd fardeau.
« Je sais qu'elle n'a pas fait exprès, même si elle aurait dû repartir » confiait l'autre grand-mère de Rani à la sortie du tribunal, « aujourd'hui, je peux lui pardonner. Et les responsables sont toutes les personnes qui se trouvaient dans la maison ce jour-là ».